Musique

Km 3960

plus que 262 km pour rentrer !

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CARTE DU TRAJET
LIVRE DE BORD ESPAGNE
DU 6 AU 21 MAI 2005 – 4222 km.

Vendredi 6 mai

Départ de St Ambroix à 10h30. Direction Alès, Nîmes et Montpellier .

Cette matinée aurait été très agréable s’il n'y avait pas eu un vent à décorner des bœufs d’environ 80 km/h, il souffle par rafales déplaisantes et dangereuses.

13h15 j’arrive au Grau d’Agde. Un sympathique restaurant me tend les bras mais les beignets de calmars ressemblent plus à des beignets de beignets, comme les déteste Abigaël !

14h je reprends la route, toujours autant de vent et beaucoup de camions. Ils sentent l’écurie. C’est la fin de semaine.

16h je passe la frontière et décide de visiter Girona, proche. Magnifique et apparemment hors des sentiers battus.

Des maisons s’alignent, tout en couleur, le long de l’Onyar. Je prends un verre à la terrasse d’un café et vais faire un tour en ville.
Ancien fief juif, elle arbore une magnifique cathédrale baroque et d’anciens bains arabes. Il y a aussi un musée du cinéma.




Girona sur l'Onyar

Mais il se fait tard et je dois assurer l’hébergement. Ce matin il n y avait pas d’eau chaude à la maison (problèmes avec mon chauffe-eau) Alors ce soir hôtel.

Girona sur l’Onyar J’en trouve un superbe, le Husa, pas très loin et Bibiche sera aussi à l’abri.

Il est presque 21h et le soleil se couche derrière les cyprès qui bordent le parc.

J’ai faim. La douche est salvatrice. Vers 21h40 je descends dîner d’un succulent carpaccio de bacalao et de crevettes, arrosés d’un vin rouge de chez Torres, « Coronas Tampranillo » et pour casser la jambe au diable j’hésite, pour le dessert, entre un sorbet au citron et un Irish Coffee. Dans la salle de restaurant, très sélecte, il y a 4 ou 5 tables d’occupées par une dizaine des personnes. Deux noires américaines, visiblement mère et fille, un couple de presque beaufs français, un couple de grand bourgeois ibère, un jeune solitaire, un vieux solitaire et moi avec mon Irish Coffee. C’est très calme et feutré. Mais une équipe de foot, des jeunes, vient d’envahir les lieux. Animation.

Km 427

 

Premières impressions

- Comme par miracle le vent s’est brusquement calmé quand je suis arrivé sur terre ibérique.
- L’essence est sensiblement moins chère 0,95 cts contre 1,27 ce matin en France.
- Je croyais comprendre un peu l’espagnol … mais les catalans ne parlent pas espagnol …
- Les ibères sont aussi bruyants que les italiens, j’aime !
- D’après mes premières constatations, ici, ils ne font pas d’histoire avec zone fumeurs ou non, mais attendons.

Demain Barcelone, les JO de 1992, dimanche le Grand Prix de F1 et les préparatifs de l’America’s Cup.
Je finis mon Irish et vais au dodo.

Girona, terrasse de café …


Samedi 7 mai

Excellente nuit, petit déj. et départ, destination Tossa de Mar sur la Costa Brava.

Temps superbe et plus un souffle de vent. La route sinueuse à souhait semble dessinée pour ma Bibiche, un régal …
Beaucoup de cyclistes, trials et quads qui vont rouler dans la forêt voisine, véritable « musée botanique » :chênes verts, chênes liège, pins noirs d’Autriche, peupliers, châtaigniers… et bientôt ….. Tossa. Au détour d’un grand virage je tombe en arrêt, un mirage. Une citadelle fortifiée transformée en centre de loisirs. « St Eloy ».

le centre "St Eloy"

Tossa de Mar, préparatifs de plongée


Et voici Tossa de Mar. Petites plages qui se succèdent et tout au bout une colline surmontée d’une forteresse. Beaucoup de monde, surtout des plongeurs qui s’équipent. Je déguste un verre de blanc sur une des innombrables terrasses de café.
10h en route pour Barcelone.

Environ 80 km par la N 11. La Côte est très belle mais de Llot de Mar jusqu’à Canet de Mar les localités sont des colonies de nordiques et plus particulièrement hollandaises. Des hôtels à n’en plus finir et des magasins de souvenirs bordant d’énormes parkings de bus.

Le caissier m’a dit que les cartes à puces n’étaient pas généralisées en Espagne. Ca s’est finalement bien passé. Bref il faut que je sorte des Euros. Le gardien du camping m’indique une banque proche mais la banque est fermée le samedi et le distributeur présente un clavier inhabituel, compliqué et exclusivement en catalan ! alors je ne prends pas le risque de me faire avaler ma CB un samedi et demain c’est dimanche. Je ferai avec.

Le train passe devant le camping, donc il devrait y avoir une station pas très loin.

Après un hamburger acceptable au camping je me fends de 2,50€ pour un aller/retour Barcelone. A 14h15, après 15 minutes de trajet, j’y suis. En plein centre Plaza de Catalunya d’où part l’incontournable « rambla » qui descend vers la mer. Bondée la « rambla » de même que la Plaza. Touristes de tous poils de toutes nationalités affluent. Cette large allée piétonnière est le temple du tourisme. Les échoppes et autres boutiques ambulantes suivent de part et d’autre de la marée humaine. Marchands d’oiseaux, de fleurs, de babioles, kiosques à journaux, à cartes postales et posters s’intercalent aux divers mîmes et « immobiles » grimés, peinturlurés. Des orateurs montés sur des podiums déclament poèmes ou diatribes politiques. Je fuis la foule. Prendre la première ruelle à gauche vers la cathédrale,

Barcelone, "La Rambla"


Bel édifice gothique-catalan en restauration. Après l’église de Santa Agatha je prends la via Laietana parallèle à la « rambla » et qui aboutit sur le port Vell. Avant d’arriver sur le front de mer je tombe en arrêt sur une file interminable qui serpente le long d’une imposante bâtisse. Il y a là des noirs, des maghrébins, des pakistanais, des turcs, hommes femmes, enfants, vieillards, bébés. Presque tous tiennent des papiers ou des sacs contenant des dossiers … ils sont surveillés par deux solides policiers. Tous ont le sourire. Attendent, patients mais aucune résignation ne s’expriment dans leur comportement. Bon sang mais c’est bien sûr ! aujourd’hui 7 mai 2005 l’Espagne « affranchit » quelques 700.000 « irréguliers » sans papiers.

700.000 irréguliers régularisés...

J’arrive enfin sur le port. Mare Nostrum est calme et joue avec les coques des milliers de bateaux ancrés dans le Moll. Un immense complexe de digues protège la marina des coups de vent. Une superbe rampe donne accès à la Plaza Ictinio et l’aquarium.
Puis Plaza Odisea et le « Mare Magnum » qui jouxte le Club Maritima. Plus loin, sont à quai des bateaux de croisières et des yachts surdimensionnés. Après ce grand tour une passerelle, la « rambla de mar », me ramène à la Plaza Portal de la Pau au centre de laquelle, sur une haute colonne, Christophe Colomb regarde vers le large.

Il est bientôt 17h et la lumière est magnifique qui illumine les farouches monuments et bâtisses qui ceignent la vaste Plaza.

Barcelone, marina Port Vell


Barcelone, Plaza Portal de la Pau, Christophe Colomb


Péniblement je remonte la « rambla » affrontant la foule. Je m’octroie un café sur une terrasse. 2,50€, très cher …

Je reprends le train pour Masnou. J’ai dû parcourir près de 7 km dans Barcelone. Il est 20h30 et je déguste un verre de vin rouge à la terrasse du camping. La mer est belle mais elle ne m’attire pas …

Km 545

 

 

Dimanche 8 mai

J’ai dormi comme une pierre à Masnou, renouant avec ma guitoune et mon sac de couchage.
Vers 9h je quitte la Costa Brava en traversant Barcelone, vide. C’est agréable de prendre les feux en enfilade et tout en vert … Mais attention cet après midi c’est le Grand Prix de F1 ici, alors dépêchons.

A moi la Costa Azahar. Direction Valencia mais avant une visite s’impose à Tarragone, antique Cesse, cité ibère assujettie par les romains au IIIème siècle Av JC. La ville est vide ce dimanche. Pas de plage de sable fin ni de café qui bordent le front de mer.
La cité médiévale est tout en haut de la colline. En y montant je tombe sur un DAB ! Normal, comme chez nous et en plus il parle quatre langues. Je risque ma Visa et ça marche. Je me refais en euros. Arrivé le long des remparts romains qui sont percés de fenêtres d’habitations, je gare Bibiche et admire le paysage vers la mer.

Tarragone, les remparts romains


Manifestement la ville tourne le dos à la grande bleue. Une grande porte percée dans les remparts donne accès au quartier de Sant Pau et à la « catedral » Son parvis est transformé en marché aux puces et pour cause, des centaines de touristes espagnols et autres se bousculent. Dans l’église c’est l’office dominical. Il est pourtant 13h. Stoïque le prélat officie nonobstant les visiteurs, discrets quand même.

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Tarragone, la « catedral » romano-gothique
bâtie au XII ème siècle sur le site même
d’un temple de Jupiter.
Particularité, le corps central est gothique
et les deux corps latéraux sont romans.

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Je prends un verre sur la terrasse d’un café devant le parvis et me mets en quête d’une bonne taverne. Ma Bibiche, inspirée, me mène à la Plaza de la Font, chez « El Pigot ». Pour 17€ une délicieuse salade de mozzarella finement coupée et couchée sur un lit de tomates le tout baigné d’huile d’olive bien sûr ! et après … une daurade cuite au four tout simplement. Quel délice ! Depuis la Grèce je n’en avais mangé d’aussi bonne. Je suis certain que si j’étais dans la cuisine j’aurai pu remarquer son regard brillant.

A propos de regard, un couple de hollandais attablés à proximité, ont, dans un premier temps admiré l’animal dans mon assiette. Quand j’ai attaqué les joues et la bouche ils ont fait un peu la moue. Surpris, mais quand j’ai gobé les deux yeux (le meilleur) ils sont partis, dégoûtés. Heureusement ils n’avaient pas passé commande.

J’oubliais, pour mes 17€ j’ai eu droit à deux verres de vin et un café. « El Pigot » à revisiter.

Avant de quitter Tarragone je vais jeter un coup d’œil aux vestiges du cirque romain, proches.

Tarragone, le cirque romain


Par Tortosa et Peniscola je rejoins Valencia. Fidèle à ma philosophie du voyage je cherche a me loger à proximité. El Puig dans la proche banlieue de Valence, m’accueille. Un petit hôtel, « La Ronda ». (29€ + 4€ pour ma Bibiche). Je prends un bain. Il y avait longtemps ! J’ai un peu mal au dos.
Je vais visiter « El Puig » à pied. C’est un petit village qui n’a pas vu de touriste depuis belle lurette. Pas un seul étranger alentours. Après une petite observation je me demande même si il n’y a jamais eu de voyageur ici. J’erre dans l’espoir de trouver un bistrot. En vain. Soudain pris d’une inspiration le long d’une longue avenue désespérément déserte, je tourne à droite dans une ruelle. Miracle ! comme disait Toto. Un patio se découvre sur ma gauche. Mais le patio se transforme en véritable agora. Entourée de petits immeubles et en son centre des parterres de fleurs… des fleurs partout et des jeux pour bambins. Et des bambins il y en a.


El Puig, habitations à loyers modérés


Sur la partie droite, une stoa couverte. Il est bientôt 19h30 et le soleil projette l’ombre des colonnes sur le sol clair. En suivant du regard le dessin géométrique ainsi formé je remarque, tout au bout, des tables, des gens assis. On dirait une réunion de famille.
J’approche. Non c’est une taverne et des gens fêtent un baptême. Il y a de la place Je m’y installe et c’est là que j’écris ces quelques lignes
à El Piug.

Alors dîner à l’hôtel et demain visite de Valence et à moi la Costa Blanca avec Alicante, Murcia, Cartagène et plus si dos reposé. A propos, c’est dimanche 8 mai et j’ai une petite pensée pour M. Gourret qui supplée, pendant mon absence, à la vie quotidienne de Saint Ambroix pour le Midi Libre.
Le restaurant de l’hôtel Ronda et agréablement surprenant. Pas de carte ni de menu ! Un grand self dans un cadre très sélect, avec maître d’hôtel qui dirige les opérations et conseille. Je me laisse faire et je reviens à ma table avec : calamars frais, moules type marinière avec une sauce, et des tripes avec pois-chiche agrémenté de petites tranches de saucisson et de lardons, le tout arrosé d’un petit « Murviedo Rosado 2003 » Je reste la dessus. Point besoin de dessert. A mon avis après tout cela se serait criminel.

Km 960 dont 400 aujourd’hui.

 


El Puig, le restaurant de l’hôtel Ronda

 

 

Lundi 9 mai

Départ de El Puig vers 9 heures. Nous traversons Valence, direction Alicante. A peine avons nous entamé l’autoroute que Bibiche, sans doute pour fêter nos 1000 premiers kilomètres, décide de ma faire une farce !
A près de 100 km/h elle décide de s’arrêter, tout net ! Je me vois donc obligé de la mener en douce sur la bande d’arrêt d’urgence justement à l’entrée d’une bretelle. Je la sollicite, elle tourne mais ne démarre pas. On est bien ! Et voilà qu’arrive, pour prendre l’autoroute une voiture de police.

Encore ma bonne étoile ! La voiture stoppe et le jeune policier vient vers moi le regard interrogateur. Perdu entre catalan et espagnol j’emploie le langage des signes (d’impuissance). Il enfile son gilet de sécurité jaune fluo, je le sens compatissant. Il me regarde procéder à quelques vérifications, arrivée d’essence, prise du contacteur, bougies. Je mets le contact et appuis sur le démarreur, elle tourne un peu. L’agent me demande si j’ai de l’essence, bien sûr, j’ai fais le plein hier après midi. Nouvel essai, et comme pour confirmer mes dires, Bibiche reste totalement muette !

Rien, silence total. Il est évident que cela ne peut venir d’un manque de carburant. Ca me rassure et m’angoisse en même temps. Bien sûr j’ai une excellente assurance qui viendra me dépanner etc … mais quoi ! Bibiche ne dit rien.
J’essaye de la comprendre, en vain. Alors sous le regard ébahi du jeune policier je me mets en selle et exécute un vieux truc de motard. Je passe le seconde, débraye et un petit coup en arrière, un petit coup en avant question de faire bouger le piston à froid.
Point mort, contact, démarreur et … elle tourne ! Le flic apprécie, soulagé, moi aussi. Il doit se dire que les (vieux) motards sont bons. Il me demande, avec des signes (de contentement) si ça ira. Je le tranquillise. Bibiche tourne toujours et pour bien lui montrer que « ça ira » je donne deux petits coups à 5000 tours.

La voiture s’en va, signes d’amitié et je reprends la route. Mais Bibiche ne l’entend pas de cette oreille !
Trois cent mètres plus loin, bis repetita, elle s’arrête. Là je désespère. Alors je décide d’user d’un autre artifice. L’ignorance,
le dédain. Je descends et j’attends 5 minutes … nouvel essai … et ça marche !

Elle est matée Bibiche. Mais cette fois c’est après 600 mètres que je dois me replier sur la bande d’arrêt d’urgence. Je réfléchis, calcule …et … et … bon sang ! j’ai fais le plein en sortant de Tarragone, hier. Puis l’autoroute vide et toute droite, n’avons-nous pas « poussé » un peu d’un 160 et des permanences à près de 140 ? Je passe la réserve d’essence. Elle part et si elle
pouvait parler elle m’aurait traité de c …

On s’arrête à une station pour faire le plein. J’engrange plus de 18 litres. Mais je ne m’explique toujours pas son mutisme total de tout à l’heure. Peut-être était-ce pour me sauver la face devant la maréchaussée ibérique ! J’ai un peu honte. En principe j’ai mon petit secret pour éviter ce genre de désagrément mais il m’arrive aussi rarement de rouler à 150 pendant plus de 30 minutes. On tourne cette page.



Alicante

Voilà Alicante après avoir aperçu de loin Benidorme, le New York de la Costa Blanca. Alicante est plus raisonnable, mais sans attrait si ce n’est la grande allée en bord de mer plantée de palmiers éleïs. J’ai faim et sous ces palmiers, chez Tarantine je déguste d’un « emperador », steak d’espadon agrémenté de pommes de terre et d’un gros poivron doux et d'une petite bouteille de vin blanc local. Alicante présentant peu d’intérêt nous partons pour Almeria via Murcia. Là, nous changeons d’Espagne.

D’abord les panneaux de signalisation routiers avec tout en haut un message « red carreteros del estato ». C’est au bout de 100 km que je réalise que l’autoroute est gratuite !

 


Après Murcia le paysage change du tout au tout. Nous passons dans d’immenses vergers suivis d’interminables potagers, puis le désert, le vrai, tour à tour Atacama, Agriates mais en moins froid, puis encore des vergers suivis de paysages cappadociens. Nous longeons la Sierra Espanu. Petite halte à Totana pour boire un Fanta. Ces établissements me font penser aux motels du sud des USA, perdus dans le désert et flanqué d’une station service.

 

Totana, le routier


Après Lorca on approche d’Almeria. A une trentaine de kilomètres de notre destination, je crois rêver ! On dirait qu’il a neigé. Mais à mieux regarder je distingue des serres blanches. Des milliers de serres à perte de vue sur des milliers d’hectares.

 



les serres

Et voici Almeria, blanche et rose, superbe, versée dans la mer bleue. En plein centre je trouve un « hostal Americano ». Une chambre, un lit, une table, une chaise, une grande penderie et une salle de bain, 25€, spartiate mais en plein centre et pour Bibiche un parking sous-terrain à moins de 100 mètres. Attablé au « Santa Rita » je goutte un autre petit vin blanc et les odeurs iodées de la mer me donnent faim. Il est 9h35. J’ai faim mais le quartier n’est pas riche en restaurants. Je me rabats dans un Pizza Hut avec la perspective de manger quelques cannelonis. Le vin rouge est chaud ! Dommage car il est bon et comme on me fait payer la bouteille entière plein pot, j’embarque icelle. Dodo.

Km 1480

 

 

Mardi 10 mai

Dodo rythmé par une machine infernale qui se met en route toutes les quatre minutes et pendant une minute. Je fais le coup d’hier,
l’ignorance et ça marche.

Le matin café croissant au « Santa Rita » et je vais découvrir Almeria avec Bibiche.
Mon impression d’hier était bonne. Blanche et rose, méditerranéenne, vivante, cosmopolite, sentant le poisson.
Un petit tour sur le port et nous prenons la route vers Grenade. Le paysage est fabuleux. Il me fait penser de plus en plus aux concrétions de tuf de la Cappadoce.

Almeria, blanche et rose


Bibiche ne dit rien. Pas de vent pas de voitures. Les villages blancs tranchent sur l’environnement rouge et ocre. Gergal par exemple.

Gergal


Mon objectif immédiat c’est Guadix sur la route de Grenade. Petite ville de 20.000 âmes mais qui vaut le détour. J’y arrive vers 11h. Beaucoup de choses à voir ici. Outre la cathédrale de l’ «Incarnation » il y a le « Barrio de las Cuevas » site troglodytique. Mais avant, déjeuner à la « Méson Granadoul », spécialité, jambon, pancetta, jamon de botega 8€ la « media ». Délicieux et surprenant ! Une grosse assiette avec deux variétés de jamon très finement tranchées.


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Guadix, Méson Granadoul 000000000000000000000la catedral baroque de l’ Incarnation


Nous partons pour le haut de la ville au « Barrio de las Cuevas ». Site troglodytique surprenant s’il en est. Des tertres de tuf surmontés
de cheminées en maçonnerie, dedans des maisons toujours habitées.

Guadix, Barrio de las Cuevas

Du plus haut du site on découvre un paysage cappadocien. Saisissant. Nous nous dirigeons vers la Plaza de la Constitucion, en contrebas, derrière la cathédrale. Magnifique place entourée de bâtisses du XVII ème siècle, fleurie au centre et visiblement occupée par l’administration et divers bureaux d’études.




Guadix, Plaza de la Constitucion

Après une respiration nous voilà reparti pour Grenade à une soixantaine de kilomètres.
C’est grand Grenade mais facile d’accès. J’ai vite fait de trouver un hôtel, le Monte Carlo, en plein centre et toujours un excellent parking pour Bibiche, à moins de cent mètres.

Il est 16h30 et après m’être rafraîchis dans ma chambre je pars visiter le site de la cathédrale. C’est le carreau du temple. Boutiques, échoppes et marchands en tous genres l’entourent, la cernent. La visite de la cathédrale coûte 3 € ! mais que sont donc devenus les lieux de culte ? Le Vatican se plaint de la désaffection des vocations mais elle permet à ces endroits de se transformer en musées. Je veux bien que cela serve à la restauration de ces édifices mais pourquoi le Saint-Siège ne délie-t-il pas les cordons de sa grosse bourse ?

A part ses orgues jumelés cet édifice, oeuvre des architectes Siloé et Egas date du XVI et XVII ème siècle de style isabéline, ne présente aucun intérêt.
Les orgues, œuvre de Leonardo de Avila datent du XVIII ème siècle. Je trouve la cathédrale laide et sans attrait architectural si ce n’est la Chapelle Royale d’Enriqué Egas, splendeur de l’art Gothique et qui la flanque.

Je sors prendre un verre sur le parvis et rentre à l’hôtel. Dîner au « Nemroud » d’un döner froid. Il est 22h30. Aujourd’hui, courte mais intéressante étape.

km 1700

Cathédrale de Grenade
les orgues de Leonardo de Avila

 

 



Mercredi 11 mai

Toujours à Grenade. Après un café-croissant, taxi et en route pour l’Alhambra. Je prends mon ticket d’entrée vers 9h30. Une grande allée ombragée me mène à la « Puerta de la Justicia » sur les remparts de la citadelle. Elle porte bien son nom l’Alhambra, il faudrait d’ailleurs dire « Alhamra » la rouge en arabe et pour cause.
Mohammed ben Nasr fonde la dynastie des Nasrides vers 1230. Quelques années plus tard les chrétiens s’emparent de Cordoue.
Les musulmans se replient sur Grenade. Pendant près de trois siècles Grenade connaît une ère prospère. Mais l’ensemble de l’édifice relève plus du décor que d’une construction durable. Briques rouges grossières et stucs dominent. On sent bien là le désir de jouir rapidement de beaux jardins et d’un lieu agréable.

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Alcazaba……0000000000000000000000……….. 00000 Grenade la Blanche


L’Alcazaba, gigantesque, prône, s’avançant sur le plateau, domine Grenade et des multiples tours et terrasses on a une vue sans obstacles sur la ville blanche.

Puis suivent les magnifiques jardins de « los Adarves » qui mettent un terme à la visite de l’Alcazaba.


La « plazza de los Aljibes » est bondée de touristes et de nombreux groupes scolaires s’y pressent. Je vais visiter le musée qui se situe dans l’enceinte même du Palais de Charles Quint. Il est 11h20 et voilà le moment tant attendu ! Voir le Palais des Nasrides, la cour des Myrtes et celle des Lions, joyaux incontestés de l’Alhambra. Mais l’accès m’en est refusé !!! Je suis refoulé !!! D’après le règlement et ce qu’il y a marqué sur mon billet je ne peux accéder au Palais avant 13h30. C’est écrit. C’est stupide et absurde.
Rien n’y fait malgré l’invention de quelques prétextes, cousus de fil blanc, qui me viennent à l’esprit.

Alors je tente de contourner le problème en passant par les jardins du Partal qui est la sortie du Palais des Nasrides et d’où on a directement accès à la cour des Lions.
Je tente un passage innocent et à contre-courant des visiteurs sortants. « Je me suis perdu » dis-je au préposé qui n’est pas dupe !


Alors taxi et je retourne en ville pour manger des crevettes au « San Pedro » non sans avoir rempli le formulaire de réclamations mis à la disposition des « usagers » de l’Alhambra.



Alhambra, les jardins du Partal


Il est 14h30. Bibiche m’attend sagement. Récupération des mallettes consignées à l’hôtel Monte Carlo et direction le littoral, Costa del Sol.


Un dernier regard à la Sierra Nevada qui me montre ses grandes plaies blanches et en route pour Motril. Après le barrage sur le
Rio Guadalfeo un long défilé aboutit sur la plaine littorale. Voilà Motril, c’est un joli port et surtout une petite ville à l’architecture étonnante. Toute blanche. Ici je ne verrai aucun touriste et seules trois lignes signalent son existence dans un guide de couleur verte !


Motril


Une belle route longe la mer vers Malaga ma destination pour aujourd’hui. Après la magnifique apparition du village de Salobrena
accroché sur le flanc d’une colline les choses se gâtent sur le plan de l’aménagement urbanistique.


Salobrena

Almucera, la Herradura, et j’en passe, sont autant de pièges à vacanciers. Les constructions s’empilent et s’étendent comme de hideux reptiles. Il est 18h30. Nous arrivons à Malaga, terre qui a vu naître Pablo Ruiz Picasso.

Au N° 19 de la Calle Atarazanas, l’hôtel du même nom nous accueille. Le réceptionniste est un jeune français( il ressemble à Maxime). Bibiche a son dodo tout près et moi je déguste mon premier verre de « Xeres », je n’en fais pas une folie ! 22h30 je reviens de dîner. Sur les indications de mon jeune compatriote je me suis rendu à quelques ruelles de l’hôtel, à la « Casa Vincente ». Dans une traverse étroite et fortement éclairée avec d’un côté les tables de l’autre cinq ou six échoppes qui se suivent et se ressemblent. Elles proposent fritures de poissons, gambas, planchas.

Tout ce petit monde fonctionne en parfaite harmonie. Je suspecte même qu’elles sont toutes sous une seule et même enseigne sous des noms différents. Je commande une « fritura Vincente », subtil mélange de poivrons verts, aubergines, oignons finement ciselés avec des petites crevettes décortiquées. Un simple délice pour 8€.

Heureusement j’ai eu la présence d’esprit de commander une demi-portion ici c’est la coutume, tous les plats sont divisibles par deux et rien n’empêche aussi de commander pour deux !
J’ai nourri Bibiche juste avant Malaga et je peux aller fermer les yeux l’âme en paix et le ventre satisfait.


Km 1800


Malaga, la "Casa Vincente"

 

 

Jeudi 12 mai

Voilà déjà sept jours, aujourd’hui que mon voyage a commencé. Avant de partir j’avais consulté la météo sur 10 jours pour la région.
Elle préconisait, pour jeudi 12, averses et temps couvert.

Ce matin en me réveillant, vite je regardais par la fenêtre de ma chambre. De gros nuages gris menaçaient ! La météo avait raison.
Petit déjeuner, douche et j’avise. De toute manière j’avais décidé de visiter la ville. Programme intéressant. Le jeune réceptionniste me tranquillise, si le matin c’est couvert, l’après midi, en général, ça se dégage.

Alors je procède comme d’habitude; libérer la chambre, consigner mes mallettes à l’hôtel et à nous deux Malaga. Une réserve toutefois, s’il pleuvait je prends option pour une nuit supplémentaire. Je commence par le grand marché couvert d’Atarazanas, tout proche.
La bâtisse est un ancien chantier naval arabe ; L’entrée principale de ce magnifique édifice est une porte arabe en cintre outrepassé.
Grouillant à cette heure, les poissonneries côtoient boucheries et autres maraîchers.
Il me fait penser au marché central de Budapest.
Je savoure les odeurs …

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Malaga, le marché couvert d’Atarazanas, ancien chantier naval

Au bout de la Calle Atarazanas j’arrive à «la « Catedral de la Encarnaçion », gothique tardif du XVI ème siècle. Je la contourne pour arriver, et c’était mon but, au musée Picasso. Foule. Il faut attendre. Je vais faire un petit tour et me re-pointe 20 minutes plus tard. Visites suspendues pour cause de panne du réseau électrique !
Pas de chance.



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Malaga, l’Alcazaba, forteresse arabe du XI ème siècle

Le temps joue entre éclaircies et gros nuages. A deux pas de là il y a la Alcazaba. C’est une des plus importantes forteresses arabes d’Espagne qui date du XI ème siècle. J’ai, bien sûr, quelques ressentiments quant à ma déconvenue, hier, à l’Alhambra, mais ceci mis à part je dois reconnaître qu’il se dégage ici sérénité et romantisme. Peut-être est-ce du fait qu’il y a moins de monde. Couloirs et balcons, jardins suspendus et chemins de ronde, s’entrelacent et une fois arrivé au plus haut on découvre la ville et juste au pied de la citadelle un petit théâtre romain. La descente vers la sortie offre une vision complètement différente et encore plus surprenante.

Je flâne dans la ville. Il est 12h15 et la plupart des restaurants ne servent pas avant 13h. Quitter Malaga ou pas, telle est la question. Le loupé du musée Picasso m’incite a rester et laisser passer le mauvais temps. Après tout je ne suis pas pressé.
Je rentre à l’hôtel et confirme ma deuxième nuit. Sur le même trottoir que l’hôtel et à moins de dix mètres il y a un petit restaurant populaire
« Los Pueblos ».

Il est 13h30 et c’est plein. Ouvriers, familles, retraités, femmes seules, la salle et le bar sont aménagés pour pouvoir y casser une croûte. Aux murs, d’abord un Christ en Croix. Un grand sous-verre raconte l’histoire des nœuds marins et celle des ancres. Des fanions de sémaphore. Deux eaux-fortes nostalgiques représentent de vieux gréements. Deux grandes fourchettes en bois sculpté. Tout ce décors raconte, sans doute, un peu de la vie du patron.

Au plafond, contre le mur de la cuisine, pendent les incontournables « jamons » entiers. La vedette de ce ballet c’est Miguel. Serveur, ordonnateur, crieur des commandes et c’est dans le ton que les cuistots devinent l’urgence de ces dernières. Les additions se font sur le bord de la nappe et dans un grand silence, imposé !

Malaga, restaurant populaire "Los Pueblos"

Je déguste, tour à tour, une assiette de poulpes et une de calamars frits arrosés d’un verre de vin blanc. Adition : 6€. Je tente d’écrire quelques lignes sur mon livre de bord, a vif, mais les regards noirs de ceux qui attendent pour déjeuner, m’en dissuadent rapidement. Replis rapide vers l’hôtel où la salle de restaurant est quasiment vide et j’écris ces quelques lignes au calme devant un café et un
« La Paz » cent pour cent tabac. Vrai.

Programme immédiat, relatif à la météo, petite sieste, visite à ma Bibiche et tentative de visite du musée Picasso.

Ouvert depuis peu (octobre 2004), le musée Picasso est à l’image du génial artiste. Enfant du pays, il y a sa maison natale, aujourd’hui siège de la Fondation Picasso.

Mais revenons au musée. Situé derrière la cathédrale, la superbe bâtisse qui l’abrite n’est autre que le « Palacio Buenavista » exemple type de l’architecture andalouse du XVI ème siècle. Deux cents œuvres y sont présentées sur deux niveaux. Peintures, sculptures, céramiques, eaux-fortes, gravures, linos etc …

Mais la surprise vient du sous-sol. Au cours de la restauration de l’édifice on y a découvert un site phénicien du VIII ème siècle, vestiges de la primitive « Malaka », fondée par ces mêmes phéniciens à cette époque. D’abord centre métallurgique, la cité, sous la domination romaine, s’est spécialisée dans la salaison des viandes et des poissons destinés à Rome. Cette découverte n’est autre que le prolongement des vestiges dont fait partie le théâtre romain au pied de l’Alcazaba, que j’ai vu ce matin. Entre les deux sites il y a la ville et les maisons. « Que faire » me faisait remarquer un jeune garde du musée qui parlait parfaitement le français. Je suis émerveillé. J’ai bien fait de rester.

Malaga, une petite église « Plaza de la Merced »
à côté du musée Picasso

Il est 21h45 et je décide de manger à l’hôtel. Demain départ tôt. Sur quelques conseils ibériques j’ai décidé de changer mon itinéraire. Un serveur m’explique que Ronda, dans les montagnes magiques est à voir sans faute. Par-là on rejoint Cadix sur l’Atlantique. Impasse donc sur Gibraltar et Algesiras, mégapole sans intérêt, me confie-t-il. Au menu ce soir, on me conseille un plat régional. Du porc en sauce avec des champignons. Rien qui ne casse trois pattes à un canard. C’est bon C’est tout. Le vin rouge qui va avec par contre excellent.
Il est presque 23 h. Dodo.

 

 

 

Impressions

De l’obésité


On a l’image (du moins j’avais) de l'hidalgo brun, grand et fin, de la carmencita, taille fine, oeil pétillant tout en rondeurs bien placées. D’une manière générale c’est raté !

Beaucoup de mecs sont stéréotypés, les jeunes, pantalons ou trop courts ou trop longs traînant amplement sur les baskets délassés.
Il y a les cadres, chics, costume-cravate, portable et attaché-case. Très belles chaussures. Mais dans les deux cas trois sur dix
sont obèses.


Les filles, les jeunes ont tendance à porter les jeans en dessous du nombril, taille très basse. Mais quand les bourrelets débordent
par-dessus la ceinture … c’est la catastrophe ! Sinon c’est assez joli. D’une manière générale pas de complexe. Alors tout le monde est heureux.
Il n y a que les plus vieux qui se tiennent encore comme des « caballeros ».


De la conduite automobile

Il faut reconnaître que la courtoisie règne sur les nationales comme sur les « autopistas », mais la limitation de vitesse à 120 km/h est rarement respectée. L’attention pour les motos, assez rares dans le coin, est évidente aussi. En ville la cohabitation piétons autos est de bon ton.
Les deux-roues, quant à eux ils sont assez fous. D’une manière générale les espagnols sont calmes et pondérés au volant



Du manger et du boire

Du nord au sud et en sachant où on met les pieds, c’est excellent. Tapas, poissons et autres viandes sont élaborées avec attention. Le vin est bon et le tout pas très cher. Comptez 10 à 15€ pour un très honnête repas. Bien sûr il y a aussi des troquets fabuleux où l’on déguste une « vraie » dorade « vraiment » fraîche à moins de 10€ et un plat de poulpes à 3,50€. D’une manière générale on en a pour son argent et c’est bon. Je m’abstiendrai de donner ici les innombrables recettes auxquelles j’ai goûté. Disons que sur le littoral mes préférences vont aux produits de la mer et au « jamon ».




 

Vendredi 13 mai

Donc direction Ronda par la côte puis la montagne. Récupération de ma Bibiche qui a eu une journée complète de repos et on file.

Le temps est couvert et frisquet. Je mets mon pull. Voilà Marbella et je guette la sortie San Pedro- Alcantara. A droite se dresse la « Serrania Ronda » noire de nuages et il pleut ! Et sans dire ouf ! me voilà à Estepona. J’ai raté la sortie de San Pedro. Tant pis.
Algeciras est tout près, je continue pour une petite visite à Gibraltar « Djebel-el-Tarek », les colonnes d’Hercule. Détroit mythique, rocher incongru tant par sa forme que par sa situation politique.

 

le rocher de Gibraltar, au pied des bâtiments, l’aéroport

Déjeuner à Algeciras d’une délicieuse brouillade au jambon et crevettes roses. Après quoi on file sur Cadiz. Tarifa, Vejer de la Frontera
et voici l’Océan.

Mais s’offre à mes yeux un paysage incroyable ! L’immensité vallonnée ressemble à un curieux champs de tournesols. Ce sont des « tourne-ciels » des éoliennes. Des éoliennes par centaines, par milliers. Des petites sur des structures métalliques, des immenses,
sur de grands pylônes en béton. Il doit y avoir ici plus d’éoliennes que dans toute la France !

Impossible des les avoir toutes sur une même photo, même avec mon 24 mm.

 

Il tombe quelques gouttes, rien de bien méchant. Le ciel bleu de l’océan lutte contre les nuages noirs du continent. Conflit.

Chiclana de Frontera, San Fernando et un interminable isthme nous mène à Cadiz et dans son prolongement une grande avenue, au port.

Cadiz est une presqu’île. Fondée il y a plus de 3200 ans par les éternels explorateurs phéniciens, C’est sans doute une des plus anciennes villes d’Europe. Maritime s’il en est, quasi insulaire elle est tournée délibérément vers le Nouveau Monde. J’aurais trois mots pour qualifier Cadiz « Très belle ville ».

Ses avenues sont aussi larges que sont étroites ses ruelles. Ici, aucun problème de circulation. Je peux m’arrêter où je veux, contempler le paysage, sortir mon Nikon à tous moments sans qu’aucune voiture ne me talonne ni me presse.

Une petite halte sur la Plaza San Juan de Dios et je trouve, Calle San Fransisco, en plein centre, un hôtel confortable. Je m’y installe après avoir repéré un dodo pour ma Bibiche et nous partons à la reconnaissance de la ville.

Un tour complet de la presqu’île en partant du port pour y revenir. D’abord, une magnifique plage avec ses « bains de mer » à l’ancienne, de grandes bâtisses de style colonial, la cathédrale et l’église Santa Cruz et à l’autre extrémité, la ville moderne.

 

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Cadiz, les « bains de mer » 0000000000000000000000et la cathédrale Santa Cruz


Une fanfare se prépare pour une aubade. Les jeunes musiciens veulent bien « poser » pour une photo mais certains m’ignorent !
Un carillon sonne la demie de 19 h. « Ave Ave Ave Maria » Un greffier vient pisser sur la roue arrière de Bibiche !
Vers 22h, Plaza Topete je m’explique avec poulpes et crevettes. On m’avait promis du bruit cette nuit. Rien entendu.


Km 2200

 

Cadiz, Plaza San Juan de Dios, la fanfare

 

 



Samedi 14 mai

Réveil tôt pour récupérer Bibiche. Elle aussi me dit avoir bien dormi. Après un petit tour en ville et quelques photos (l’éclairage est superbe
ce matin et pas un nuage à l’horizon) nous prenons la route vers le nord. Il y a là comme un parfum de retour à la maison.

Nous traversons Bahia de Cadiz, petit golfe bien protégé.

Destination Jerez de la Fontera et El Portal pour visiter Yeguada de la Cartuja, élevage de chevaux Jerezano.
C’est dans ce haras, domaine somptueux que fut sauvée in-extremis cette race de chevaux nobles, dociles, élégants, précis
et résistants qui était sur le point de disparaître.

C’est la « Expasa Agricultura y Ganadiear SA » société publique, propriété du Patrimoine National et sous tutelle de l’Etat,
qui gère l’élevage.

Je visite les écuries, la sellerie et toutes les installations ouvertes au public. J’assiste à une reprise d’attelage et à diverses démonstrations
de dressage et un lâché de poulains en furie dans le grand manège. Epoustouflant !

 

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Yeguada, attelage à trois plus deux, et la sellerie

 

Yeguada, quelques pas avant la reprise


Déjeuner frugal à Jerez, fritures de poissons et poulpes et en route pour la prochaine étape, Séville, capitale de l’Andalousie.

Même impression de fluidité et de calme. Je trouve facilement à me loger sous le même toit que ma Bibiche , en plein centre.
Elle reste et je pars visiter en première urgence les arènes de la Maestranza (et son musée) qui a vu toréer les plus grands et mourir les taureaux les plus braves.

 

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Séville, les arènes de la Manzanares

 


Même le trophée du Toro Islera,
mère de celui qui a tué le Grand Manolete à Linarès le 28 août 1947,
a sa place sur un des murs du musée.

Séville, Plaza Don Juan de Austria

Après ce grand moment d’émotion (je suis un aficionado très fervent) je me dirige vers la cathédrale de Séville, superbe édifice gothique finissant, érigée au XV ème siècle sur les décombres d’une mosquée.

Seul subsiste encore le minaret surmonté de la « Giralda », girouette dominant Séville à quelques cent mètres de haut.
Cette cathédrale, par ses dimensions démesurées, est sans doute une des plus grande du monde chrétien.

Séville, la cathédrale surmontée de la Giralda

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Cathédrale de Séville à la croisée du transept les voûtes flamboyantes et les orgues

Il est bientôt 20h30.

Attablé chez « Flaherty », pourquoi pas ! j’écris ces quelques lignes en dégustant un « cretin ».


Un peu plus tard je suis attablé au « Sevilla la Leyenda », restaurant annexe de mon hôtel. C’est en y arrivant que j’ai vu sur le menu exposé sur le trottoir « meru », mérou ? Voici la suite. On me sert un gros filet de mérou avec une succulente sauce type aïoli, légère et crémeuse à souhait avec une petite salade de mâche. Délicieux ! J’arrête.

Café et dodo.

Km 2400

 


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Séville, le « Flaherty » brasserie branchée et le « meru » du restaurant "la Leyenda"


 

Dimanche 15 mai

Dodo sans rêves, un petit déjeuner chérot, et route pour l’Alcazar de Séville. A pied dans les ruelles jusqu’à la cathédrale.

C’est bien dimanche, les rues sont vides.
A gauche l’Alcazar, là, bien sûr il y a du monde. D’entrée (5€) c’est saisissant ! Des bâtisses arabes d’origine, il ne reste dans le « Patio des Leon », qu’un portique, puis c’est l’émerveillement !






Le patio de « Monteria, l’ « Alcobal Real » le jardin de « Las Doncellas ».
Casalle, des tapisseries, du salon gothiques d’Alphone X, à la gloire de la conquête de Tunis par Charles Quint et encore des jardins, petits, grands, imbriqués les uns dans les autres.

 

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Il se dégage, de l’architecture de cet ensemble, une harmonie indéfinissable. Des plafonds en bois précieux, des colonnes de marbre,
des stucs finement ciselés, des céramiques aux couleurs douces jusqu’à la disposition des parterres et des bosquets des jardins.

Tout cela rappèle la touche des architectes arabes même si les bâtisseurs sont, du XIV ème au XVIème siècle, Pierre le Cruel et
Charles Quint, encore lui !

 

En Grèce, je croyais avoir vu le plus grand bougainvillier qu’il m’avait été donné d’admirer. Au jardin de l’ « Estanque de Mercurio » il mesure plus de 20 mètres de haut.

L’Alcazar, beaucoup plus fin que l’Alhambra de Grenade, plus à l’échelle humaine, plus beau.

J’en sors comme avec un bon goût de fromage après un repas dont il ne faut pas abuser.

 


Sur la place de la cathédrale, spectacle, des jeunes et moins jeunes s’adonnent à un de leur sport favori, la pyramide humaine. Cinq niveaux. La musique stridente des fifres les soutient.


Dernière étape à Séville, Plaza de Espana. Chemin faisant, une surprise ! la sœur de ma Bibiche adoptée par la « Policia Municipal ».
Mais me nous y trompons pas, cette pauvrette a les traces d’un collier autour du cou ! Bibiche est une louve sauvage et libre !

Sur mon plan je voyais la Plaza de Espana, pas trop éloignée de l’Alcazar. Fume ! Il fait beau et très chaud et mon sac photo pèse sur ma clavicule pétée. Au bout de vingt minutes de marche pénible le long d’un chantier de la ligne N° 1 du métro sévillan, mes efforts sont hautement récompensés.


Pharaonique, cette gigantesque place en fer à cheval, est flanquée à chacune de ses extrémités d’une tour. Le dessin en est souligné par un canal qu’enjambent des petits ponts en dos d’âne.



Séville, Plaza de Espana

Au centre, un immense dallage qui donnerait toutes sortes d’envies aux amateurs de rollers. Mais ici c’est le royaume des calèches omniprésentes à Séville.

Taxi et retour à l’hôtel où, une fois n’est pas coutume, chez la Leyenda, je vais déjeuner d’une « Envoltina del Merluza al Parmesano ,
tomate y Albahaca »
(basilic) et bis repetita placent de « meru ».

 

 

 

 

Intermède gastronomique

Une recette si simple … la ci-dessus
« Envoltina del Merluza al Parmesano , tomate y Albahaca »

1 - une tranche d’aubergine cuite à l’eau
2 - du mérou ou autre poisson à chaire ferme en filet
3 - filet roulé dans la tranche d’aubergine
4 - cuire au beurre
5 – petite béchamel légère et petite sauce tomate

attention ne pas couvrir avec les sauces, les servir à côté dans l’assiette !

vino blanco …………… et après faites comme moi … pâmez-vous !

 

Bon maintenant revenons à mon voyage. Cent soixante kilomètres séparent Séville de Cordoue. Nous traversons la vaste « Campinia », plaine couverte de champs de blé et d’oliveraies.

L’arrivée à Cordoue, comme à Cadiz et Séville est sans encombres.

Circulation fluide et calme. Petite ville de 300.000 habitants, j’assimile Cordoue à la Jérusalem de l’Europe, la violence en moins.

Sénèque, le stoïcien romain, précepteur de Néron, y a vu le jour. Ville romaine, mais phénicienne et juive avant tout, elle devient arabe
au VIIIème siècle sous l’autorité des califes de Damas. Sous la dynastie des Omeyyades Cordoue prospère. Universitaires et savants musulmans travaillaient avec médecins et banquiers juifs.

Les trois cultures cohabitaient en toute sérénité.

Aussitôt arrivés, nous n’avons aucun mal à trouver nos dodos respectifs en plein centre de la « Juderia » juste derrière la
« Mezquita-Catedral ».

Je gare Bibiche et file visiter la somptueuse mosquée-cathédrale, la « Mezquita », merveilles des merveilles
(je sais j’ai une tendance au superlatif) mais c’est le cas ici.

 

Cordoue, la « Mezquita-mosquée »

La Mezquita c’est d’abord une vaste mosquée. Mais ne confondons pas avec les mosquées ottomanes, de l’architecte Mîmar Sinan qui s’inspirent, des églises chrétiennes. Voir plutôt la mosquée des Omeyyades à Damas ou encore El Azhar au Caire. Grand quadrilatère quadrillé par des colonnes reliées par des arcs outrepassés.

Cordoue, la « Mezquita-mosquée »
le Mihrab, albâtre, stuc, arabesques et palmette sur les mosaïques


Malgré les quelques visiteurs il y règne une grande sérénité et le peu de lumière s’y ajoutant, j’atteints le calme total.
Cette ambiance me rappèle El Azhar et les sensations que j’y avais ressenti il y a plus de ….. 30 ans.

Oui mais au beau milieu de tout cela il y a la cathédrale ! Horrible appendice rapporté en plein milieu de la mosquée, au XVI ème siècle, œuvre ratée de l’architecte (raté) Hernan Ruiz.

 

Cordoue, la « Mezquita-cathédrale » sous-œuvre de Hernan Ruiz


Quand Charles Quint vint prendre connaissance des travaux de la cathédrale en cours de finition, après avoir longuement visité la mosquée puis la nouvelle cathédrale, il s’adressa à Hernan Ruiz en ces termes :

« Monsieur ! vous avez détruit ce que l’on ne voit nulle part pour construire ce que l’on voit partout »

Quand même une homme de goût ce Charles Quint.

Je repars ébloui et comblé. 20h15 je suis attablé sur la terrasse d’un bistrot à l’angle de la Mezquita. Aujourd’hui, 15 mai, à Cordoue, c’est le dernier jour du « Festival de los Patios » genre de fête « ville fleurie » et ce soir à l’Alcazar il y a une soirée flamenco.

Le dîner a été maussade. Pas pour moi, car je me suis rendu dans un des multiples restaurants « patios » où j’avais repéré préalablement et comme je le fais d’habitude sur le menu affiché à l’extérieur, « spada plancha » autrement dit espadon grillé !

Pas d’accueil à mon arrivée. Je m’installe d’autorité.

Après observation je remarque un certain laisser-aller. Pas net comme ça l’est d’habitude. Pourtant il y a du monde et beaucoup d’espagnols.

En règle générale j’évite les restaurants où, à l’heure des repas les serveurs chassent les mouches ! Un brave serveur s’affère.
Court, va et vient les bras chargés d’assiettes pleines puis revient avec une nappe en papier froissé qu’il vient de débarrasser. Enfin il me tend la carte. Il est en nage. Repart vers les cuisines. Un gros poussah en sort justement et l’invective. Non que je comprenne tout ce qu’il lui dit mais le ton y est. Ca discute. On sent un malaise.
Bref je suis quand même servi et c’est l’essentiel. Un délice l’espadon !

Il est 22h30. Je règle ma note et part vers l’Alcazar.

 


Une grande scène plantée au milieu des jardins et une multitude de chaises toutes occupées.
Sur scène un homme chante une complainte accompagné d’un guitariste. Du classique. Applaudissements de la foule de connaisseurs qui se lève et l’acclame.

Exit le chanteur. Un présentateur arrive, bonhomme, et promet à l’assistance un spectacle unique. Il vante la prochaine danseuse.
Je ne suis pas expert en flamenco mais la foule ovationne. La danseuse tient parole. Elle se déchaîne. Ici pas de castagnettes.
Rien que le tacatac de ses talons et le geste académique …superbe.

Là dessus, un peu fourbu, je rentre à l’hôtel.

Km 2550

 

 

 

Lundi 16 mai

Huit heures tapantes et départ dans la ville sous un nouvel éclairage. Neuve heure la ville se réveille à peine ce lundi matin.
Durs les lundis matins !

La « juderia » est vide. Je fais le tour de la Mezquita, emprunte le pont romain sur le Guadalquivir. De son milieu on a une très belle vue sur la vieille ville.


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Cordoue, le pont romain, à gauche de la photo la « Mezquita » et l ’Alcazar

Je flâne un peu.
Tout doucement la ville se réveille aux accents des livreurs de bibine et des diables qui roulent sur les paves humides.
Ca s’anime.

Même si Cordoue est une petite ville, contrairement à mon arrivée, en sortir est une sinécure. A un feu rouge je demande à
un cadre supérieur se rendant visiblement au turf, l’autopista para Madrid ? Il m’explique. A droite puis la deuxième à gauche …
Gracias. Mais il se ravise, admire Bibiche, et me fait signe de le suivre, l’air entendu.
Deux minutes plus tard, empruntant des petites ruelles, nous y sommes. Sympas le cadre supérieur. Je suis sûr qu’il a changé d’itinéraire
pour moi. Sans doute en avance sur sa réunion de début de semaine, ou alors peut-être voulait-il, par ce prétexte, en retarder sa présence ?

 

Cordoue, un des nombreux patios de la « juderia » de Cordoue


Je veux faire une halte à Jaén un peu à l’est de mon itinéraire. Jean-Claude Guenot me l’a conseillé. Il y a, je crois, de la belle-famille dans la région.

Le ciel s’assombrit vers le nord. Déjeuner à Jaén qui ne tient pas ses promesses. Ville assez fade. Par contre l’arrivée sur la ville et sur près de 40 kilomètres est époustouflante. Des milliers que dis-je, des centaines de milliers d’oliviers à perte de vue.

vers Jaén, les oliviers à perte de vue


Mon pauvre 24 mm n’y peut rien une fois de plus. Un fish-eye s’y perdrait aussi. Ca finit par être lassant. Pensez donc, quatre oliviers pour
100 m² sur 16.000 km² ! calculez. Sauf erreur cela doit faire quelques 600.000 oliviers. L’huile d’olive espagnole que j’utilise depuis
longtemps est non seulement excellente mais les olives, ici, sont délicieuses.

Nous reprenons la route vers Bailén, située sur la route de Madrid. J’y cherche vainement une connaissance de Jean-Claude, sans succès.

Vers Madrid, le ciel se charge de nuages noirs. Il pleut vers le nord. Je n’ai aucune envie de faire 200 kilomètres sous la pluie.

Prochaine sortie, Linarès. Des gouttes commencent a tomber.

Voilà Linarès. Hôtel Cervantes, Calle Cervantes. Oasis de calme. Accueillant et agréable. Sieste de deux heures. Un peu plus tard je vais faire un tour en ville. Ici pas de cathédrale. Il n’y a que trois hôtels et je pense être le seul étranger dans la ville.

Au détour d’une avenue, derrière une banque je découvre la Plaza de Toro. Belle. En face un troquet le « Scala ». La télé diffuse une corrida. Le « Scala » est plein.

 

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Linarès, la Plaza de Toro et le bistro « Scala »


Debout au comptoir les aficionados commentent. Il y a même un couple, de minuscule péruvien, avec un nouveau-né.

J’assiste à quatre mises à mort de « Novillos » aux arènes de Madrid. Alberto Aguilar, remporte une oreille avec une estocade impeccable. Les banderilleros ont subi quelques avatars sans gravité. Je me permets quelques verre d’un vin blanc excellent agrémenté d’un bon nombre d’olive puis rentre à l’hôtel pour y dîner et dodo.

Km 2700


Mardi 17 mai

Quitter Linarès n’est pas vraiment un déchirement. Le ciel est mitigé, blanc bleu avec des pointes de gris. Nous rejoignons le carrefour de Bailén et à droite vers le nord pour Tolède.

Il est tôt, 9h et pas trop de circulation. Par contre il fait frisquet. Avant de partir j’ai enfilé veste de moto, cagoule et mes bottes noires.
Un petit pull s’impose aussi. Mais le problème c’est le vent.
Les vastes plaines légèrement vallonnées du sud de Madrid laissent libre cours aux vents. Ils s’élancent à l’aveuglette changeant de direction d’une manière intempestive.
On dirait qu’ils courent après quelques boules de chardons, comme dans le Barragan de Panaït Istrati. Mais foin de chardons ici.
Ils courent après moi. C’est pénible en moto. Passent la Carolina, Santa Elena, Valdepenas, Manzanares, c’est tout droit et monotone.

Enfin Madridejos. J’ai mal à ma clavicule cassée et au dos.

Tolède approche. J’ai faim et soif et c’est trop tôt pour se faire servir. Alors je poursuis ma route. Mora, Orgaz, avec El Greco et son
« Funérailles du Conte d’Orgaz », on en parlera plus tard.

Enfin Tolède. Je suis cassé.

Je me jette dans le premier hôtel venu, le Mayoral au pied de la ville. Dodo pour ma Bibiche au sous-sol de l’hôtel, un rapide déjeuner
sur place pour moi et je me fourre dans les draps.

Deux heures trente plus tard je vais, comme à l’accoutumé, reconnaître. En taxi, cette fois, afin d’avoir une idée de l’ensemble de la colline
de Tolède. Un coup d’œil à la cathédrale. Je reviendrai demain car elle ferme dans quarante minutes.

Je flâne en remontant calle Comercio et m’installe sur la terrasse de la Casa Telesforo, Plaza Zocodover.
Un peu plus tard je descends vers le Tage.

 

Tolède, une ruelle dans la ville haute, on y marche à l’ombre

Chemin faisant je repère un bistro sans nom ni identité mais avec du caractère, comme les bons bâtards. La télé joue, corrida sur canal +. Je remarque que l’on peut aussi y manger. Le patron est un hidalgo et les serveuses vietnamiennes ! Tolède, encore et toujours cosmopolite. Je passe à l’hôtel et reviens vers 22h pour goûter à une salade de crabe et des beignets de langoustine.
Cela sent l’Asie et même à Tolède c’est d’une grande finesse orientale.

Après quoi je rentre pour un dodo. Demain sera une longue journée.


Mercredi 18 mai

Ce matin le hall de l’hôtel est envahi de nippons. 7h30 nous partons, Bibiche et moi, pour le Parador sud d’où, à cette heure, on doit découvrir la ville entière avec le Tage en premier plan. Le spectacle tient ses promesses.



Tolède, vue du Parador sud

Je tente un panoramique. On verra bien avec photomerge. On dirait que ça a marché ! Le spectacle, une fois de plus, est saisissant.


J’accompagne Bibiche au garage et part en taxi pour la ville haute. Visite de la cathédrale avec un ticket multiple valable pour le trésor,
le chœur, la salle capitulaire et la sacristie, véritable pinacothèque.

Rappelons quand même que Tolède est la ville d’adoption de ce crétois, Domenikos Theotokopoulos, qui au XVIème siècle, partit vers l’Italie pour travailler auprès de Le Titien a fini par arriver à Tolède. El Greco, c’est bien lui.
La sacristie renferme un véritable trésor. El Greco, est bien sûr à l’honneur avec ses portraits d’évangélistes. Son « Christ en Croix »
est bien entouré, Le Titien, Raphaël, Le Caravage, Vélasquez, Van Dyck, Rubens et tant d’autres.

puente de San Martin


Rêveur, les émerveillés par tant de beauté, je vais mettre un point d’orgue à mes désirs, admirer le chef-d’œuvre d’El Greco, « Les Funérailles du Conte d’Orgaz » visible dans l’annexe de l’Eglise Santo Tomé, tout près de sa maison. Autre émerveillement que ce chef-d’œuvre qui décrit le miracle survenu au cours des obsèques du Conte d’Orgaz. Saint Augustin et Saint Etienne seraient miraculeusement venus pour y assister. Raconter la toile serait vain ici. De nombreuses documentations lui sont consacrées.
Mais une remarque : parmi les nombreux personnages qui composent la toile un seul me (vous et tous ceux qui regardent la toile) regarde dans les yeux, c’est El Greco lui-même qui s’est auto-représenté en arrière plan.

Je quitte la place, fasciné. Dehors je me pose sur un banc. Soudain j’entends des exclamations en français. « Vous êtes tous des voleurs ». Un « beauf » brandit un ticket en invectivant le guichetier comme quoi il n’en avait rien à foutre du Conte d’Orgaz. Lui il voulait voir le musée El Greco ! Na ! Il fait appel à un agent de police, il veut être remboursé. Pensez donc … le Conte d’Orgaz.
Honteux je file à l’anglaise. Non-assistance à crétin en colère. Le musée El Greco, je l’ai visité. Pas une toile du maître, des copies de ses élèves, quelques Titien et Van Dyck.

Tolède, l’église Santo Tomé,
« les Funérailles du Conte d’Orgaz"
par El Greco

Il y a, comme ça, des voyages qui forment aussi la connerie.

Passons, il est 12h30. Je flâne en quête d’une terrasse accueillante et dans une petite traverse je trouve mon bonheur. « Ricon de Bohemio » tout près de la Plaza de la Magdalena. A 13h j’y déjeune.

Tolède c’est le pays de fines lames et des couteaux mais aussi le pays de la perdrix rouge. La ville s’enorgueillit d’une recette traditionnelle très simple. Le volatile cuit à l’étouffé avec …j’en bafouilles... petits oignons et pommes de terre. Pour 2 € de plus qu’un plat de spaghettis à la Carbonara cela valait le coup.

Après je m’offre une gâterie non gastronomique. Je fais l’acquisition de deux couteaux de cuisine de Tolède dans un authentique atelier de coutellerie. Malheureusement la plupart des lames vendue ici (aux touristes) sont des Solingen ou des Laguiole voire quelques couteaux
« Made in Hong Kong ».

 

Tolède, perdrix rouge à l’étouffé
au « Ricon de Bohemio »


De Tolède à Madrid c’est du gâteau. 70 kilomètres, 40 minutes. Je me retrouve à la tristement célèbre gare d’Atocha.
Je remonte le boulevard et sur ma droite l’hôtel Catalunya m’ouvre ses portes.

Je m’offre une « suite » et Bibiche qui depuis a saisi le principe, va presque toute seule à son dodo tout proche.
J’ai remarqué qu’elle n’aime pas être trop loin de moi.

Je fonce au musée du Prado ! à cinq minutes de là. Que dire de cet extraordinaire lieu qui réunit des milliers de toiles des maîtres les plus grands.

 

Madrid, le musée du Prado


Situé le long du Paseo Prado, immense avenue avec, au milieu, une large promenade ombragée, le musée est gratuit pratiquement tous les jours et pour tous.

Madrid, musée du Prado
1er étage, XVII ème - XIX ème siècle


Principalement sur deux niveaux, au rez-de-chaussée on parcourt 500 ans de peinture, de 1100 à 1160, avec Raphaël, Le Titien,
Cranach, Bosch, El Greco etc …

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Madrid, musée du Prado
Velasquez, l’infante Margarita et à gauche, Goya, « Maja, vestida & desnuda »


Le 1er étage, de 1600 à 1850, est consacré à Poussin, Le Caravage, Velasquez, Goya, Rembrandt et bien d’autres.
Peintures espagnoles, allemandes, flamandes, françaises, hollandaises, italiennes, tous les plus grands sont là et vous regardent.

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Madrid, musée du Prado
Goya, autoportrait
Fra Angelico, l’Annonciation

Madrid, musée du Prado
Venus, Adonis & Cupidon, par Carraci


En prime une exposition Durer et une spéciale pour le « Venus, Adonis et Cupidon » d’Annibale Carracci avec radiographies du tableau et les controverses qu’il a suscité.


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Madrid, musée du Prado "le copiste" et l’avenue du Prado

Entre Tolède, ce matin et Madrid cet après-midi, je suis gâté côté peinture.
Obligé de faire le vide afin de mieux digérer cette avalanche de beauté.

Je remonte doucement l’avenue Geronimo longeant l’impressionnante bâtisse du Congrès des Députés et j’arrive Plaza de Canalejas
tout près de la Puerta des Sol.

Madrid, le musée du « jamon »


Sur une terrasse, attablés comme moi, hommes et femmes, visiblement retraités sirotent cervejas et cafés. C’est bruyant, pollué mais finalement bien agréable. Un gitan nous joue un air d’accordéon.

Retour vers l’hôtel pour quelques ablutions et je ressors vers 22h pour dîner. Tout à côté il y a un restaurant bien sympathique où l’on me sert quelques seiches à l’ail. Au bar à tapas, ça grouille de monde et la salle est comble.
Un café sur la place et je remonte un peu fatigué quand même.

Madrid, heure de pointe vers la Plaza Mayor


A la télévision j’apprends que les sondages vont bon train et que demain on va enterrer Eddy Barclay.

Km 3030

 

 

Jeudi 19 mai

Ce matin je me fais porter le petit déjeuner dans la chambre.
Départ pour un dernier tour dans Madrid vers le Palazo Réal et la Plaza Mayor.

Madrid, le Palazo Réal

Madrid, Plaza Mayor

 

Les madrilènes s’affairent surtout autour de leur petit déjeuner. Pâtisseries, cafés et toutes sortes d’établissement susceptibles de fournir à boire et à manger sont bondés.

Je vais reprendre Bibiche et direction Zaragoza. Environ 300 km

Sortir de Madrid, (j’appréhendais) est un jeu d’enfant ! Avenues larges et ombragées, même si la circulation est un peu dense ce jeudi matin.
Je rattrape l’A2 au nord-est. Ici on a le choix. Ceux qui sont pressés peuvent emprunter la R2, autoroute payante, ou l’A2, gratuite, encore. J’opte pour cette dernière. Du billard. Au fur et à mesure que l’on s’éloigne de Madrid la circulation se fluidifie pour finir par être inexistante.

Il fait beau et chaud et vers 13h30, je m’arrête, dans un restaurant bien agréable, pour une tranche d’espadon grillée.
Il me reste moins de 200 km pour Zaragoza alias « Caesar Augusta ». L’autoroute est magnifique et quasi déserte. Le paysage change et commence a prendre des aspects cappadociens. Vallonnées, des couches de tuf blanc se superposent à des strates rougeâtres.




Au loin, on aperçoit les cimes enneigées de la Sierra Demonida. Et puis voilà que ça recommence !

Peu après la petite ville de Mada, à une trentaine de kilomètres de Saragosse, re-voilà les grandes ailes blanches des éoliennes
qui tournent, tournent. Elles se dressent à perte de vue comme sur les plateaux de Vejer de la Frontera, avant Cadiz.
Des centaines sagement alignées. Mais ici, avec mon 24 mm j’arrive à les avoir à peu près correctement. L’autoroute étant déserte,
je m’arrête sur la bande d’arrêt d’urgence ... et clic clac.

 


Quelques coups d’accélérateur plus tard je pénètre dans la ville d’Auguste. Une belle ville Zaragoza. Mais l’accès en est perturbé par des travaux de romains qui y sont entrepris.

A un feu j’entends venant de ma gauche : « alors en vacances ? ». A côté de moi un motard m’adresse la parole en français.
Il travaille ici. Je regarde sa plaque, 33, un voisin. Il me donne les indications nécessaires pour rejoindre les rives de l’Ebre, mon point
de chute pour trouver un hôtel. Petit signe amical et le motard tourne à gauche.

A 17 h je suis installé au « Residencia Conde Blanco », au N° 84 Predicatores. 40€ la chambre et le garage pour Bibiche.
Je me rattrape sur mes excès dispendieux de la veille. Petites ablutions et je pars sur les rives de l’Ebre vers l’église del Pilar.
L’Ebre est un fleuve qui se jette dans la Méditerranée à Tortosa. La vieille ville est au sud, la nouvelle à l’opposé et au milieu coule le fleuve.

Je me dirige vers la Plaza Lanuza, le long du marché central, derrière l’église. Un superbe bronze d’Auguste de dresse au milieu de quelques vestiges romains.


Zaragoza, plaza Lanuza, l’église del Pilar et les ruines romaines

19 h . Il est temps de compléter mon carnet de voyage. Pour ce faire il me faut : mon cahier, mon crayon, mes cartes et mes plans, mon Nikon, mes cigares et par-dessus tout un endroit muni d’une table et impérativement un verre de vino blanco.

Je crois que je les aurais tous essayé. Mais ceci est une autre histoire.

Le « Lanuza » me procure les éléments indispensables. N’allez pas croire que je suis un buveur de vin blanc invétéré, je ne suis qu’un modeste adepte d’Omar Khayyam, mon maître.

Le « Lanuza » est un bistrot comme tant d’autres avec d’un côté un bar, derrière ce bar un patron. De l’autre, cinq tables impeccables et vides jusqu’à mon arrivée.

Le long du bar cinq vieux donnent la réplique au patron. Ils discutent âprement des patronymes d’un de leurs copain récemment disparu.
Ils ne sont pas d’accord. Vous n’êtes pas sans savoir que nombre d’espagnols ont des prénoms longs, longs, longs et au bout un nom.

La situation est surréaliste. Ce petit drame de comptoir se déroule sur fond de son télévisuel lequel poste diffuse et à cette heure, c’est normal, un dessin animé réservé exclusivement aux moins de cinq ans. Jusqu’à présent j’avais droit aux rediffusions des corridas de la
« San Isidoro » à Madrid. Petit à petit les protagonistes partent les uns après les autres. Il est 19 heures. Les plus coriaces résistent
mais le patron maintient son opinion quant aux patronymes du copain.

Me voilà seul avec lui. La clientèle se renouvèle. Femmes et enfants arrivent. L’ambiance est plus calme. Je quitte les lieux sans vraiment savoir comment se nommait le défunt, mais j’ai mon idée là dessus.

Zaragoza, l’Ebre et la cathédrale

Je rentre à l’hôtel en flânant vers la Plaza Europa. C’est un quartier arabe. Beaucoup d’enseignes sont exprimées dans les deux langues.
Bien sûr il y règne une grande animation. Beaucoup de noirs aussi. On entend diverses langues. C’est agréable et tranquillisant.

A l’hôtel je remarque un point Internet. Je me connecte sur ma messagerie. Un seul mail de Monique qui m’annonce son prochain départ pour Prague. Mon compte CCP se porte assez bien malgré les petites éraflures que je lui ai causé.

Un peu las, je dîne sur place et part au dodo. Demain je vais faire un tour à l’église et l’Aljaferia.

Km 3444

 


Petit intermède autoroutier

Comme disait un homme admirable « let’s have a dream ! »
Imaginons donc, j’ai bien dis imaginons, que sur une carte de France nous tracions une ligne partant de Lyon à Brest en passant par Orléans, voire Paris. Imaginons encore que toutes les autoroutes au sud de cette ligne soient gratuites !

Le mot est lâché ! On dirait, partout, il est fou, inconscient. L’ASF et autres sociétés autoroutières déposeraient leurs bilans.
L’état devrait entretenir le réseau qui se transformerait rapidement un patchwork rapiécé.
On dirait encore « faites pas attention c’est un utopiste, un doux rêveur. Laissons le imaginer des trucs. Il veut revenir aux nationales. On a réussi à se débarrasser de Jacques Borel sur les autoroutes ! »
etc …etc …

Maintenant regardons une carte d’Espagne. Prenons notre crayon et traçons une ligne Valencia Salamanca en passant par Madrid.
Là, au sud de cette ligne, les autoroutes sont gratuites ! Pas de patchwork, très peu de travaux en cours et d’excellents restaurants où l’on mange normalement pour 10 à 15€, jouxtant, presque toujours, des stations service.

And this was not a dream !

 

Petit intermède pratique

En général, sur les tables de restaurants ou les comptoirs des bars à tapas, on ne trouve ni sel ni poivre mais un petit parallélépipède distributeur de serviettes en papier. Les établissements les plus cossus ont leur enseigne imprimée sur le flanc du petit objet.
Pour les plus standards un petit message « vous remercie de votre passage ».

De toute façon, partout où l’on se sustente, il y a le choix, entre les tapas multiples et variés, petites assiettes d’amuse gueule
très consistants, (on vous en propose même si l’on prend un verre debout au bar et sans supplément) et un choix de plats allant de la viande aux poissons en passant par les pâtes et les pizzas (éviter ces dernières).

Le choix des plats se décline en « raciones ». Portions complètes très généreusement servies ou « ½ raciones » largement suffisantes pour midi ou mangeurs moyens.
Un verre de bon vin coûte entre 1 et 1,50€. Une « raciones » de friture, 4 à 5€. Un pourboire est toujours bienvenu.
Mais attention ! si la faim vous titille avant 13h, service uniquement au bar à tapas généralement très confortable.

Pour le voyageur (que je suis) il trouve une station service environ tous les 30 km sur routes comme sur autoroutes. On y trouve du tabac et toutes sortes de boissons alcoolisées libres de vente à toutes heures.

Serait-ce une preuve de responsabilité civile ? Et cela va de paire avec les interdictions de fumer ici ou là.
Chacun décide suivant la situation. C’est beau non ?

 

 

 


Vendredi 20 mai

Ce matin l’hôtel est envahi de pèlerins venus honorer la Seniora del Pilar. Ils sont sur le départ et la salle de restaurant est comble. Je me faufile vers le bar pour un café-croissant-tartine.
J’ai mis 20 minutes pour sortir de la ville non sans avoir fait un tour au-dessus de l’Ebre et surtout d’approcher de l’Aldjaferia, actuel parlement de l’Aragon.


000000

Zaragoza, l’Ebre00000000000000000000000000000000000 l’Aldjaferia

Enfin j’attaque l’autoroute désormais payante.

Pendant trois cents kilomètres c’est la garrigue monotone. Il fait beau. Pas de vent et je pointe à 150/160 km/h Ca permet de bonnes moyennes. J’évite Barcelone vers Girona et Figueras. Dali. Petit casse croûte sur l’autoroute et à 17 heures voilà Figueras.
Trop tard pour visiter le musée Dali qui ferme à 17h30.

Je repars vers la France et Perpignan où je décide d’établir ma dernière étape. Ca va me rappeler des souvenirs. Il y a plus de trente ans,
un mémorable congrès...

Avenue Georges Clemenceau, en plein centre, je trouve un petit hôtel bien agréable. Je pose Bibiche à son dodo deux rues plus bas et part faire un tour vers le Castillet.

Attablé sur une terrasse derrière la tour rouge j’écris ces dernières lignes.

Perpignan, le Castillet


Le soir, pour dîner, j’ai trouvé le petit restaurant, où, trente ans plus tôt, j’avais dégusté des escargots à la Catalane et des moules.
J’y ai rencontré Luc et Sonia, un couple américain. Lui médecin elle ingénieur en informatique. Ils sont venus faire une virée entre Barcelone
et Marseille à vélo. Nous avons passé un bon moment ensemble.

Nous avons, bien sûr, parlé de voyages.